Légère reprise des exportations de chaussures en 2014

Légère reprise des exportations de chaussures en 2014

Si de 2000 à 2010, l’industrie de la chaussure a pu résister aux aléas conjoncturels, durant les deux dernières années elle semble s’essouffler. Ses exportations, qui ont baissé de 8 et 9% en 2012 et 2013, ont à peine pu enregistrer une légère amélioration entre janvier et novembre 2014. En effet, la filière a exporté 2,38 milliards de DH contre 2,32 milliards à la même période de l’année dernière. Le chiffre d’affaires a ainsi augmenté de 3%. «Une petite performance qui reflète bien les difficultés de l’industrie de la chaussure qui a pu, durant ces dernières années, maintenir son chiffre d’affaires en dépit de la crise européenne. Mais aujourd’hui, les difficultés s’accentuent et il nous faut réagir», explique un industriel membre du bureau de la Fédération des industries du cuir (Fédic). Expliquant la stagnation des exportations de la filière, cet industriel estime qu’elle est due à trois facteurs : la concurrence de la chaussure turque, la faiblesse de la valeur ajoutée de la production nationale et enfin la cherté du coût de revient de la chaussure marocaine. En effet, durant les deux dernières années, le Maroc n’est plus compétitif par rapport à ceux qui sont devenus ses concurrents directs sur les marchés européens, notamment la Turquie, la Chine et le Portugal. Ce qui a induit, selon les professionnels de la filière, une perte de part de marché sur les débouchés traditionnels de la chaussure marocaine que sont la France et l’Italie. Aujourd’hui, les industriels avancent, à titre d’exemple, que la part des exportations marocaines sur le marché français ne dépasse pas les 2% des 500 millions de paires importées en moyenne par l’Hexagone par an. Un recul dû essentiellement à la hausse du prix Maroc qui a évolué, selon les opérateurs, de 5 à 8% depuis 2011 en raison de la hausse du coût du travail (hausse du SMIG) et du coût des intrants (peaux et accessoires) que la filière est contrainte d’importer en raison de leur indisponibilité sur le marché local. «Les exportations des peaux et cuirs wet blue pénalisent les industriels exportateurs qui importent et paient au prix fort une matière première pourtant disponible au Maroc. Ne faudrait-il pas interdire les exportations de wet blue pour aider l’industrie locale à défendre sa compétitivité ?», s’interroge un opérateur qui interpelle les pouvoirs publics pour un soutien du secteur. Les importations de cuir dépassent annuellement 1,5 milliard de DH.

La France, l’Italie, l’Espagne et l’Allemagne sont les principaux marchés du Maroc

Hormis le prix, il y a un problème de positionnement des produits marocains. Sur un total export de 22 millions de paires environ (sur une production nationale de 80 millions), 90% sont destinés aux marchés français, espagnol, italien et allemand. Et pour se maintenir sur ces débouchés, les industriels marocains ont opté pour la chaussure de luxe. Selon la profession, cinq à six industriels seulement opèrent sur ce segment en proposant leurs propres collections à de grandes enseignes mondiales. Mais la Turquie, forte de la taille de ses entreprises, de son intégration et de sa créativité, a grignoté la part de marché du Maroc sur l’UE. Les exportations turques de chaussures ont progressé de 34% depuis le début de l’année 2014. «Aujourd’hui, le Maroc ne peut plus mettre en avant la carte de la proximité géographique ! Il faut proposer un produit à haute valeur ajoutée. Ce qui semble difficile car la majorité des exportateurs sont de simples sous-traitants», déplore un membre du bureau de la Fédic qui ne manque pas de souligner que les chausseurs nationaux doivent impérativement investir dans la recherche et développement. Si la Turquie s’est positionnée, avec succès, sur le créneau haut de gamme, la Chine a raflé au Maroc les grandes chaînes de distribution. Aujourd’hui, 60% des importations de chaussures de l’UE proviennent de la Chine et du Viet-Nam.
Pour améliorer l’offre des chausseurs, les pouvoirs publics ont mis en place en 2011 un programme de mise à niveau destiné aux entreprises qui ont un important potentiel de développement. Mais il n’en demeure pas moins que la mise à niveau reste tributaire de la capacité des industriels à se différencier de la concurrence en investissant dans la créativité.

Aziza Belouas. La Vie éco
www.lavieeco.com