Filière du cuir au Maroc : L’état se resserre sur l’offre exportable

Filière du cuir au Maroc : L’état se resserre sur l’offre exportable

Tout le monde s’accorde pour dire qu’une embellie de la situation économique du Maroc passe nécessairement par l’assainissement des finances publiques, mais aussi par le développement harmonieux des différentes stratégies sectorielles. Dans ce sillage, la valorisation des avantages comparatifs du pays est devenue un leitmotiv, si ce n’est un dogme. Les pouvoirs publics ne cessent de réitérer leur appel aux différents secteurs afin qu’ils améliorent leur offre exportable. Cela dit, l’actualité incite à s’intéresser de plus près à un secteur et non des moindres, celui du cuir qui regorge d’immenses potentialités.

Le salon international du cuir, qui se tiendra du 31 octobre au 2 novembre 2013, sera sans doute une vitrine phare qui mettra en lumière les atouts que recèle le secteur. Toutefois, le plus important reste à savoir comment la filière du cuir et son industrie peuvent amplifier leur avantage comparatif et exceller sur les marchés internationaux.

Un secteur à fort potentiel qui doit se moderniser.

Pour avoir un ordre de grandeur, le secteur du cuir et chaussure disposait en 2011 de près de 340 unités de production et réalisait à l’exportation plus de 4 Mds de DH. Il est pourvoyeur de plus de 17.000 emplois et fait partie des métiers mondiaux du Maroc. Pour sa part, l’industrie de transformation du cuir se caractérise par l’hétérogénéité des branches qu’elle englobe (tannerie de base, maroquinerie, vêtements en cuir et chaussures tournées vers l’export). Celle–ci est devenue au fur et mesure tentaculaire de part sa taille (plus 7.833 établissements) et par le montant généré à l’exportation, 85 Mds de DH d’après les chiffes de la Fédération marocaine des industries du cuir (FEDIC). Il convient de préciser que l’industrie de la chaussure se taille la part du lion en ce qui concerne la production (76%) et les exportations (80%). De plus, certaines grandes marques à l’instar de Puma ou Adidas, ont posé leurs valises au Maroc. Ces éléments témoignent de l’importance de ce secteur. Mais consolider et surtout accroître les avantages comparatifs du pays dans ce domaine, relève d’une autre paire de manches. Du fait que la filière du cuir traîne des lacunes structurelles qui inhibent ses potentialités à l’exportation, elle a ainsi accusé une baisse d’activité de 11, 7% en 2012, même si le premier semestre de 2013 laisse apparaître une légère reprise (5,6%).

De plus, le secteur doit faire face aujourd’hui à une féroce concurrence chinoise et turque. Les produits chinois sont réputés pour leur bas prix, grâce à leur capacité à réaliser d’importantes économies d’échelle. Quant aux produits turcs, ils font la différence sur les marchés internationaux, à l’aide de leur grand potentiel de montée en gamme (produits dotés d’une grande valeur ajoutée). Au niveau national, certains professionnels restent persuadés que l’industrie du cuir marocain devrait avoir comme point d’ancrage l’accélération de sa montée en gamme.

Cela passe par l’amélioration de la qualité de la matière première et de sa transformation. Au demeurant, une amélioration de la valeur ajoutée a été constatée au niveau du secteur en 2010. Celle-ci était estimée à 1,2 Md de DH. Il faut aussi noter que la filière au Maroc bute sur l’ampleur de l’informel. Certains tanneurs, qui s’aventurent à se procurer des peaux en vrac, se retrouvent parfois avec plus de la moitié de la matière première inutilisable. Les causes de cela découleraient de la faible mécanisation des abattoirs et de la mauvaise conservation des peaux. A ces éléments, s’ajoute une faible organisation des métiers de cuir (organisation rudimentaire ou familiale). Tous ces facteurs combinés à la crise en Europe ont sans doute été l’élément déclencheur de la baisse des exportations de chaussures l’année dernière (-20%).

Défier la concurrence et mieux se positionner


Des efforts concernant l’approche marketing de toute la filière du cuir sont à déployer en dehors des bastions traditionnels de la filière (France, Espagne, Italie, Angleterre, etc.). L’autre handicap à enrayer afin d’avoir la capacité de défier la concurrence (turque et chinoise) est la sous capitalisation du secteur du cuir. A titre illustratif, il subsiste un grand écart entre les investissements dans le secteur du cuir englobant les articles (148 MDH) et celui de l’industrie de transformation (24,9 Mds de DH). Et pourtant la création d’une haute valeur ajoutée requiert plus d’investissements.

Cela suppose aussi la multiplication des centres de formation spécialement dédiés aux métiers de cuir (techniciens spécialisés et ingénieurs). Et ce, dans l’optique de vulgariser et de maîtriser les nouvelles techniques de traitement du produit. Ces mesures peuvent accroître l’attrait des produits marocains sur les marchés internationaux. De 2005 à 2010, les exportations de chaussures (oscillant entre 15.000 et 20.000 paires) représentaient entre 2,7 et 3 Mds de DH. D’aucuns estiment que tout le potentiel de ces exportations n’est pas encore exploité. Et pour cause, il existe une grande marge de progression de la filière, notamment en Afrique et d’autres zones qui sont à explorer. L’accélération du processus de la mise en place d’une bourse du cuir est, plus que jamais, nécessaire au Maroc. Cela permettra de structurer et mieux organiser la vente de peaux sur le marché local.

Cette restructuration garantira un meilleur approvisionnement en matière première à des prix compétitifs. Au final, il est certain qu’un meilleur positionnement de la filière du cuir sur les marchés internationaux, passera inéluctablement par la modernisation des tanneries industrielles et l’aménagement de zones industrielles modernes dédiées à ces métiers. Mais visiblement il faudra encore attendre pour cela. 


M. Diao : www.financenews.press.ma